SOS Bonheur

De la suite dans les idées

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D’abord ils installent des boîtes permettant de relever les excès de vitesse. Sur certains axes au départ puis un peu partout. Ils en confient rapidement la gestion à des sociétés privées qui ont donc accès, quand elles le souhaitent, à des données permettant de savoir quel véhicule circulait à tel endroit à telle heure. Mais ce n’est pas pour mal agir hein, c’est pour la sécurité. Vous ne seriez tout de même pas contre la sécurité des autres sur la route quand même, vilain terroriste routier ?

Quelques années plus tard, ils installent des dispositifs automatisés pour lutter contre la pollution due au transport routier. Bardés de caméras, ils peuvent prendre en photo toutes les plaques d’immatriculation qui leur passent devant les objectifs. Et en parlant d’objectifs, ceux-ci s’avèrent très flous quand le grand public apprend que le projet est abandonné mais que les portiques resteront en place. Au mieux, les usagers râlent pour l’aspect financier de la chose.

Et puis, quelques mois ou années après, on utilise l’urgence pour expliquer qu’on va finalement se servir de tous les moyens imaginables pour pouvoir surveiller, quand ce sera nécessaire, où se trouve un véhicule donné. Avec les capacités de reconnaissance des caractères des ordinateurs actuels et le nombre d’appareils photos présents dans les caméras et les innombrables portiques, le tout étant relié à des centraux, les demandes ne prendront guère de temps à être satisfaites. Une fois de plus, celui qui s’inquiétera de cet état de fait sera vite accusé de faire le jeu des terroristes dont on veut protéger le peuple. Et qui serait pour laisser circuler des assassins ?

Bien entendu, on ne saura jamais si le système permettra réellement d’arrêter des criminels. Mais on est sûrs de qui sera surveillé au quotidien dans le même temps : tout le monde.
De là à dire que c’était l’un des objectifs de départ … Mais cela n’arrive que dans les romans, n’est-ce pas ?

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Attention, ça glisse. Partie 1.

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Au départ, la définition de ce mot rendait le concept aisément compréhensible.

Terrorisme : Ensemble d’actes de violence (attentats, prises d’otages, etc.) commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système.

Et puis, on a commencé à élargir un peu cette définition. Ce fut discret, rappelez-vous. Vous ne vous en souvenez pas ? Il faut dire qu’en utilisant certaines expressions pour tout et surtout n’importe quoi, nous avons tous participé à ce vol de mots. Une grève ? Hop, on s’est mis à parler d’usagers pris en otages. Sans se demander ce qu’en pensaient ceux qui avaient vraiment vécu une prise d’otage, de celles où on ne sait pas si on reverra les siens. Ce fut ensuite le tour des intégristes, des fanatiques. Fini l’intégrisme religieux, remplacé par le fondamentaliste. Dès lors, on pouvait parler d’intégriste pour n’importe quelle cause. Un militant opposé à un projet soutenu par un élu de la majorité gouvernementale ? Hop, il devient un intégriste écologiste ou économique voire, la pire espèce, social. De là, le glissement vers le « terrorisme environnemental » ou « terrorisme sociétal » s’opère quasiment de lui-même.

Ou comment des mots qu’on utilise à tort et à travers pour marquer les esprits et inciter à acheter un journal, des mots qui s’imposent dans des discours condamnés à la surenchère lexicale, des mots qui finissent par faire de tout un chacun un criminel en puissance et transforment celui qui a le malheur de douter en opposant politique. Ce qui est pratique, c’est qu’en cas de situation particulière (comme une Union sacrée imposée ou un État d’urgence qui dure plusieurs mois), ces ennemis peuvent voir les forces de l’ordre débarquer n’importe quand. Pour faire un exemple et montrer que personne n’est à l’abri, que penser différemment est à présent assez louche pour justifier des perquisitions, des hommes en arme qui investissent votre domicile.

Mais, bien entendu, ce qui est si fréquent dans les dystopies ne saurait être vrai dans une démocratie, les citoyens ont des droits, sont présumés innocents et ne seront jamais inquiétés pour des opinions, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ? …

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Paix, Sécurité, Unité

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« Très chers patriotes. Comme vous le savez, une des lois récemment votées, nommée F1127, invite chaque famille à placer le drapeau de notre fière nation de manière bien visible à une fenêtre ou à la porte de son habitation. Cela permet en premier lieu, en ces temps troublés, de prouver son attachement à notre devise : Paix, Sécurité, Unité. Mais cela permet également à nos services de rapidement détecter ceux qui, pour diverses raisons, refusent de partager nos valeurs. Nous ferons donc voter le mois prochain une nouvelle loi − qui sera acceptée par chaque membre du Congrès sous peine d’exclusion − permettant de sanctionner ceux qui n’affichent pas leur amour de la patrie :

  • pour chaque travailleur de la famille : une semaine de perte de salaire par jour d’absence du drapeau
  • doublement du loyer pour le mois durant lequel l’infraction aura été constatée

En cas de récidive :

  • inscription du chef de famille dans le registre des non-patriotes
  • pour la famille déshonorée, suppression des droits médicaux et sociaux

Bien évidemment, si vous constatez que l’un de vos voisins ne met le drapeau en place que lors des passages des Brigades de Contrôle de la Citoyenneté, vous êtes tenus de le déclarer aux autorités compétentes pour prouver que vous n’êtes pas son complice. C’est tous ensemble que nous pourrons demeurer une grande nation. »

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Dys… c’est quoi ça ?

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Au contraire de l’utopie, la dystopie relate une histoire ayant lieu dans une société imaginaire difficile ou impossible à vivre, pleine de défauts, et dont le modèle ne doit pas être imité.

Les dystopies, dans la littérature ou au cinéma, ce n’est pas ce qui manque. Nombre d’entre elles ont d’ailleurs bercé mon adolescence et les années qui ont suivi, en romans, en bandes dessinées ou en film, quand ceux-ci n’étaient pas une trahison des écrits dont ils se voulaient les héritiers.
SOS Bonheur, couverture de la BDAlors, au moment de choisir une référence pour trouver le nom de ce site, pourquoi celui-ci ? Pourquoi parler du bonheur quand tout, dans ce qui sera abordé ici, semble si éloigné de ce concept ? Sans doute parce que cette BD permet, par son format accessible et (faussement) simple, d’apercevoir la limite entre ce qui y est dénoncé et ce que nous vivons au quotidien. En fait, l’idée de ce blog mûrit depuis un bon moment mais les récents événements l’ont décidé à faire sortir les mots. Non pas pour les faire lire à des milliers de personnes mais pour les écrire, tout simplement. Certes, il y a un outil d’analyse (que vous pouvez bloquer si vous le souhaitez) mais celui-ci servira surtout à satisfaire ma curiosité naturelle sur la provenance des lecteurs de passage.

Quelques dernières précisions, ami lecteur. Tu permets d’ailleurs que je te considère comme un ami même si tu risques de ne pas toujours être d’accord avec moi ? Certains des billets seront en noir sur fond blanc et d’autres adopteront le schéma inverse. C’est le moyen le plus simple pour moi de jongler entre les billets qui seront écrits au premier degré et ceux qui devront être lus avec plus de cynisme.
Schizophrénie ? Non, simplement une manière de refléter la dualité de ce qui nous entoure, entre ceux qui, en forçant tout le monde à croire qu’ils veulent notre bonheur, sont surtout proches de ceux qu’ils prétendent combattre et ceux qui, en silence pour le moment, n’ont pas leur mot à dire et voudraient simplement qu’on leur fiche la paix.
Le blanc, le noir, l’officiel, le réel, le bien, le mal, le système et tous ceux qui, selon les intérêts en place, seront un jour ou l’autre classés parmi les dissidents ou les gens à traquer et mettre au ban.

Toute ressemblance avec le monde réel ne serait pas fortuite mais ne sera pas forcément à chercher à chaque fois.

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